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Daniella Ovono Ebang, styliste, mannequin international, créatrice de la marque NDOSSIAMY.

Arrivée dans l’univers de la mode par hasard, Daniella Ovono Ebang est aujourd’hui une créatrice de mode accomplie. Femme de footballeur (et pas que…), mannequin et stylise ayant habillé des grands noms de la musique africaine, elle se livre à cœur ouvert sur ses métiers et sa vie de couple.

 

Daniella Ovono Ebang, vous êtes styliste et mannequin international. Vos créations voyagent à travers le continent et sont appréciées bien au-delà. Comment vous y êtes vous prise pour faire transformer votre passion en métier alors que la mode est encore un secteur en construction au Gabon ?

Pour le mannequinat c’est par hasard, en effet j’ai été repérée dans les rues de Libreville par un chasseur de visages aujourd’hui décédé feu Jean de Dieu MBOUTSOU, manager de l’agence Top Mannequin. C’était assez curieux pour moi car dans mon adolescence j’étais plutôt garçon manqué, toujours habillée en jean – baskets et donc sans féminité affirmée.

J’ai découvert cet univers totalement inconnu pour moi car au départ, je voulais être basketteuse mais je suis très vite tombée sous le charme de ce monde et par la même occasion du stylisme. C’est ainsi que je me suis inscrite au CMF (Centre de Métier de la Femme) pour apprendre la couture.

Après l’obtention de mon diplôme, je suis partie au Sénégal pour me perfectionner chez OUMOU SY, l’une des plus grandes costumières d’Afrique, où j’ai obtenu mon diplôme en stylisme-modélisme. Ce parcours avait un double objectif, d’abord vivre ma passion et prouver à mon entourage que l’on pouvait vivre de ce métier.

J’espère que j’y suis arrivée !

Daniella Ovono Ebang, créatrice de mode. CREDITS PHOTOS: OSI PHOTOGRAPHE.

Quel est, selon vous, ce qui freine le développement de cette industrie au Gabon, a contrario des avancées  que l’on observe dans certains pays d’Afrique de l’ouest ?

D’abord notre mentalité. Nous considérons les métiers manuels et surtout les métiers de la mode comme dégradants, ne nous valorisant pas. Par ailleurs, nous sommes persuadés que ces métiers ne sont pas générateurs de revenus, ce qui est totalement faux.

Ensuite, l’environnement dans lequel nous vivons n’est pas propice à l’exercice de ce métier ; nos parents nous prennent la tête en nous disant que seuls ceux qui font des hautes études réussissent dans la Fonction Publique. Or, tout le monde ne peut être fonctionnaire.  Ce n’est pas possible !

Enfin, il n’y a pas assez de sensibilisation pour ce type de métier et par conséquent d’établissements pour les métiers dédiés à cette industrie. Contrairement à l’Afrique de l’ouest où j’ai pu remarquer qu’il y avait une panoplie d’écoles, d’instituts et d’établissements spécialisés dans  les métiers de la mode, chez nous le nombre est minime, nous en avons quelques-uns comme le CMF, l’école de Mode de Nzeng Ayong  pour ne citer que ceux là.

❝Le logo de ma marque est une tête de panthère parce que j’en suis une

Pour votre première collection, vous avez eu l’ingénieuse idée de vous inspirer de l’animal de la forêt  qu’est la panthère, et on peut l’observer dans chacune de vos créations. Pourquoi la panthère en particulier ?

Effectivement, le logo de ma marque est une tête de panthère parce que j’en suis une ! Une panthère aux multiples facettes. Cet animal est une source d’inspiration pour moi. Elle est à la fois majestueuse dans sa démarche et en même temps très dangereuse, c’est une prédatrice. Comme moi (rires).

Enfin, le destin a voulu que je tombe amoureuse et épouse une autre panthère, Didier OVONO, gardien de notre équipe nationale LES PANTHERES ! Est-ce une coïncidence ? Allez savoir!

 

PHOTOS CREDITS: OSI PHOTOGRAPHE
PHOTOS CREDITS: OSI PHOTOGRAPHE

Quelles sont vos autres sources d’inspiration en tant que styliste ?

Elles sont diverses, les voyages à travers le monde, les excursions au village, la forêt; en somme, je m’inspire de la vie quotidienne, des tendances du moment.

Mannequin international, vous avez défilé sur des podiums de prestige à travers le monde. Quel est votre meilleur souvenir et celui qui vous a donné des “sueurs froides” ?

Le souvenir qui restera gravé à jamais dans ma mémoire date de 2007. J’ai défilé pour la styliste sénégalaise OUMOU SY devant la Reine des Pays-Bas.

Quant au souvenir m’ayant donné des sueurs froides, c’est ma première participation au SIRA VISION 2006 (Salon de l’Innovation et de la Représentation Africaine), initié par la Styliste sénégalaise COLLE SOW ARDO. Il s’agissait de l’un des grands rendez-vous de la mode africaine réunissant près de 120 mannequins et 50 créateurs africains. Me trouvant entourée des plus grands, j’avais un stress pas possible car étant le seul mannequin gabonais, il fallait que je me démarque et que je prouve que j’y avais ma place. Il fallait être à la hauteur de l’événement, satisfaire les créateurs et les photographes qui étaient très exigeants.

Daniella Ovono 1

Est-il facile pour vous de combiner vos deux activités?

Quand vous aimez faire quelque chose, vous ne ressentez plus les difficultés. Au contraire, celles-ci vous obligent à vous surpasser. N’oubliez pas que je suis en plus femme au foyer et en plus d’un homme FANG (rires).

Donc j’arrive tant bien que mal à exercer conjointement les deux activités, le mannequinat c’est mon métier, j’ai un savoir- faire, mais ce qui est difficile c’est lorsque je dois laisser mon foyer pour aller défiler. Bien qu’aujourd’hui, je délaisse progressivement le métier de mannequin pour me consacrer totalement à ma société de mode.

Avec le stylisme c’est le même principe. Il n’y a pas trop  de changement car je navigue toujours dans le même univers. A la seule différence que lorsque j’étais mannequin on s’occupait de moi: coiffure, maquillage, habillage. Désormais, en tant que styliste, je m’occupe de mes clients et de mes équipes.

 

« NDOSSIAMY», votre marque de vêtement existe depuis quelques années déjà. Quel bilan tirez-vous ?

Pour moi, il est un peu prématuré de faire un bilan, car la marque NDOSSIAMY by Daniella Ovono est encore en construction. Elle existe depuis 2010 mais j’ai créé juridiquement ma société en septembre 2015. Elle a seulement deux ans d’existence. C’est une jeune marque comparativement aux autres telles que Chouchou Lazare, Christ’on, Alphady et autres.

Pour la saison 2017/2018, nous allons structurer notre site de vente en ligne, développer l’image de la marque et créer de nouvelles collections. Beaucoup de surprises sont à venir !

Mais en deux ans, nous avons progressé. Nous avons pu installer nos ateliers de confection à Dakar pour commencer à produire et livrer nos clients qui sont à travers le monde. Notre showroom à Libreville est presque terminé, nous préparons l’ouverture officielle. Nous avons participé à l’élection Miss Gabon 2013 et avons habillé de nombreux artistes africains: ARIELLE T, KIFRA-L, JOSEY, FALLY IPOUPA, SERGE BEYNAUD, MG30, CHARLOTTE DIPANDA et les X MALEYA qui sont les ambassadeurs officiels de la marque ainsi que de nombreux footballeurs professionnels.

Au regard de ce petit parcours, je suis satisfaite car je sais que je reviens de loin et j’irai très loin. Mon rêve devient réalité. Le rêve de toute une vie. NDOSSIAMY, mon rêve en langue punu.

Comment se procurer votre marque au Gabon ?

C’est très simple, il suffit de me contacter sur mes pages professionnelles (Facebook, Instagram) ou par mail ndossiamy@yahoo.fr. Une équipe se trouve sur place pour prendre les commandes. Et le site de vente sera bientôt mis en ligne.

Vous êtes également l’épouse du footballeur international gabonais Didier Ovono Ebang, gardien de but des panthères du Gabon. Comment arrivez-vous à gérer au quotidien vos rôles de femme de footballeur et de maman, avec vos activités ?

Je sais faire la part des choses, tout haut je vous ai dit je suis la panthère aux multiples facettes. A la maison, je suis la femme au foyer qui s’occupe de son mari et de ses enfants, ensuite je deviens la femme d’affaires qui gère une équipe, qui négocie les contrats, je défends ses intérêts. Quand je suis sur les podiums, je me mets dans la peau d’une professionnelle dont le rôle est de mettre en relief les vêtements des créateurs.

❝ Au moment où Didier et nous, sa famille, avons eu besoin du public, il nous a rejeté

Daniella Ovono Ebang et son époux le footballeur Didier Ovono Ebang
Daniella Ovono Ebang et son époux le footballeur Didier Ovono Ebang

En tant qu’épouse, vous suivez naturellement l’actualité sportive de votre mari, notamment les critiques que ce dernier subit de la part des supporters  depuis des années au sein de l’équipe nationale de football. Comment vivez-vous cela? Arrivez-vous à faire face à cette pression ?

Vous savez, quand on aime bien, on châtie bien. Je pense que le public gabonais l’aime beaucoup. Du coup, il devient un peu plus exigeant envers lui. On peut penser que le public est ingrat, tout cela fait partie du jeu.  Quand on gagne, on gagne ensemble mais quand on perd, c’est Didier Ovono.

Et la chose qui m’a le plus touchée, c’est qu’au moment où Didier et nous, sa famille, avons eu besoin du public, il nous a rejeté. Et c’est dommage parce que Didier avait besoin d’eux, de leur soutien. Quand on gagne, on gagne ensemble, et quand on perd, on devrait aussi perdre ensemble. Malgré les failles et autres, mon mari s’est toujours battu pour défendre au mieux les couleurs de la Nation. Pour mon mari le Gabon c’est sa vie. Et je serai toujours à ses côtés malgré l’adversité.

Concernant votre marque, quels sont vos projets pour 2018 ?

A très court terme, organiser l’ouverture officielle de ma société de mode à Libreville en invitant tous mes amis étrangers et ceux de mon mari pour un concept intéressant qui est encore en gestation. Comme je vous l’ai dit, de nombreuses surprises sont à venir. Notre souhait est de faire du Gabon un grand pays de la mode africaine !

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Un dernier mot à adresser à nos lecteurs et lectrices ?

Je remercie d’abord le Seigneur pour ses bienfaits dans ma famille, je remercie mon mari qui  ne cesse de m’épauler malgré les difficultés. Merci à vous également qui m’offrez cette tribune pour permettre au public de mieux me connaître. Et je fais un gros bisou à tous vos lecteurs.

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