‘ Je n’ai pas grandi dans l’opulence ‘ dixit J-Rio

‘ Je n’ai pas grandi dans l’opulence ‘ dixit J-Rio

La série de concerts qu’il vient d’enchainer dans la capitale gabonaise semble retarder notre rencontre. C’est finalement un matin de janvier que nous recevons un appel de son staff nous confirmant faisant part de sa disponibilité. Rendez-vous pris, c’est dans un café du quartier Louis que nous sommes sensé rencontré la machine à hits comme on le surnomme au sein de notre rédaction. Arrivant presqu’ au même moment, aucune  table n’est disponible pour nous dans ce café  très chic d’LBV. Après quelques coups de fils de son producteur et manager DastunnaBeatz, c’est dans le restaurant d’un des grand hôtels que compte la capitale que nous avons pu s’entretenir avec J-Rio.

Gabon Célébrités: GC

J-RIO     :JR

GC :Bonjour J-Rio, merci d’avoir répondu favorablement à notre invitation. Pour commencer, raconte-nous en quelques mots tes débuts dans la musique.

J-Rio : Bonjour à tous, les lecteurs et lectrices de Gabon Célébrités. Je commence à écrire mon tout premier texte en classe de 3e, j’avais 14ans à l’époque et j’ai continué  à écrire dans ma chambre jusqu’à ce que je m’envole pour les Etats-Unis ou j’ai rencontré  Nix Dastunnabeatz et Yassine a.k.a The Y ainsi que d’autres gars avec qui on a monté  le groupe High Définition, on a travaillé ensemble depuis toujours mais c’est en 2010 qu’on sort un son qui a été quand même plébiscité qui a pour titre ‘‘ Le bouquet ’’. L’aventure prend un sens pour moi en 2012, avec la reprise du titre ‘‘Oleku’’ de l’artiste Nigérian Ice Prince et c’est là, à la base que tout le Gabon me découvre et l’Afrique aussi.

G.C : T’attendais-tu à tes débuts à recevoir un tel succès de la part du public ?

J.R : On s’y attend d’une certaine manière mais quand on rencontre vraiment ce que c’est que le succès comme tu dis, et l’ampleur que ça prend, c’était beaucoup plus que ce qu’on s’imaginait. ‘‘ Oleku ’’, je l’ai fait juste comme ça pour une reprise, et ma grande surprise, ce fut un hit national, on m’a dit que ça passait dans tous les téléphones, mes parents ici m’appelaient, mes amis m’ont dit qu’ici mon son il est partout, cela faisait plaisir, puis j’ai réalisé que ma carrière pouvais prendre un véritable sens et là j’ai décidé de me prendre au sérieux musicalement.

G.C : Tu vis aux Etats-Unis mais malgré tout, on remarque ton omniprésence musicale incessante sur le plan local, à travers des productions que tu réalises et des événements culturels auquel tu participes. Comment fais-tu?

J.R : Comme je le dis souvent, mon corps est parti, mais mon cœur est resté ici. Je garde une connexion avec le Gabon  et à chaque fois que je viens je ne m’arrête pas au Gabon de l’aéroport ou le Gabon des boites de nuits, je vais au ‘‘Gabon Gabon’’, je rencontre mes amis d’enfance qui me font redécouvrir les tendances, les nouveaux termes qui sont utilisés dans le ghetto etc. Contrairement à ce que beaucoup peuvent penser, je n’ai pas grandi dans l’opulence, j’ai grandi à France ville, donc je suis très proche du ‘‘ Kwate ’’, très proche de tout ce qui se fait ici, ce qui fait qu’à chaque fois je reviens je me ré familiarise et ça redémarre. Toutes les fois où je fais des musiques je me rassure de garder cette connexion avec les gens qui m’écoute dans tout le Gabon.

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G.C : Tu es considéré  comme l’un des artistes Gabonais les plus prolifiques de ta génération et de la musique Gabonaise, ceci s’expliquant par la sortie quasi régulière de tes œuvres. Quel est ton secret ?

J.R : Mon secret, c’est le secret de tout le monde c’est-à-dire le travail. La musique à la base c’est ma passion donc on le fait pour le plaisir et je suis peut-être même accro je dirais.Quand je ne fais pas de musique je ne me sens pas bien. Donc en permanence je travaille, Parfois mon producteur ( Dastunnabeatz ) est fatigué  de mixer et de ‘’mastériser’’ des sons mais on ne lache pas. C’est constamment le travail à répétitions, la recherche, l’expérimentation, c’est ce qui donne le fait qu’on trouve la bonne formule et associer au fait qu’on reste connecté  au ‘‘ Kwate ’’, ils apprécient cela.

 

G.C : comment s’est passé ta collaboration avec l’artiste Ghanéen Bisa Kdei pour le remix de ta chanson culte ‘‘ Sors-ça  ’’ ?

               

J.R : Bisa Kdei est l’un des artistes du moment et je me suis dit collaborer avec lui serait une bonne connexion pour la musique Gabonaise du cote du Ghana. Le problème de la musique Gabonaise est qu’elle ne s’exporte pas assez, et pour moi pour commencer à exporter la musique Gabonaise c’est de s’ouvrir aux autres et on s’ouvre à travers des collaborations. Donc mon équipe est rentré en contact avec l’équipe de Bisa Kdei, il a écouté  ce qu’on fait, il a adoré, et a décidé de son plein gré de monter sur le son et c’est ainsi que tout est parti.

               

G.C : Peut-on considérer de par cette rencontre que J-Rio se lance désormais à la conquête de l’Afrique et l’international ?

 

J.R : Oui, parce ce que je pense et j’estime qu’il est temps. Je ne vais pas dire que pour le Gabon c’est accompli parce qu’il y a toujours des choses à faire, mais cela fait un moment qu’on sort des titres qui font le tour de Gabon et ça devient répétitif. Ce qui fait vivre l’Homme c’est la recherche, l’expérience et on se donne de nouveaux challenges. Aller faire ce que peut-être ceux qui sont venus avant nous n’ont pas pu faire, essayer de donner un nouveau souffle à la musique Gabonaise, ouvrir les portes pour ceux qui viendront après nous. Si on a les moyens de l’accomplir on le fera, et si on n’y arrive pas au moins on aura essayé.

G.C : Tu es le concepteur de chansons et danses à gros succès tels que le Ndem et aujourd’hui la Ntcham qui connait une adhésion massive de la part du public. Qu’est ce qui t’a inspiré à le faire ?

 

J.R : Le simple fait d’arriver dans mon bled et de voir qu’il y’a certaines tendances qui ne sont pas mis en valeur a été ma motivation. Ça  me fait mal parce que je sais qu’on a des choses à donner mais elles ne sont pas assez exposées. Dieu merci je suis sur une plateforme où le monde entier me regarde, donc je me suis dit que je pourrais servir de relais pour la culture et les inventions street made in Gabao pour le reste du monde, c’est ainsi que je me suis lancé  à la fois sur le Ndem et sur la Ntcham afin de donner un nouvel élan et un nouvel essor à ce que l’on crée et qui risque de mourir si on l’expose pas aux yeux du monde.

               

G.C : Est-ce une manière à travers la Ntcham de vendre la culture Gabonaise à l’extérieur comme l’a fait il ya quelque temps le Ghana avec le concept Azonto ?

 

J.R : Exactement! Ce que beaucoup de personnes n’ont pas compris, est ce que c’est vrai je suis peut-être aujourd’hui J-Rio mais je ne suis pas J-Rio sans le Gabon, et ce que je veux c’est qu’à la fin de ma carrière toutes celles et ceux qui ne connaissaient pas le Gabon le découvre, peut-être à travers moi mais aussi à travers ceux -là que j’aurai inspiré  quelque chose.

 

G.C : A-t-on avis, qu’est-ce qui manque aux artistes Gabonais pour avoir la reconnaissance qu’ils méritent sur le plan africain de la même manière que peuvent l’être Sarkodie, Arafat ou Davido ?

 

J.R : Pour moi ce qui manque aux artistes gabonais c’est la foi. D’après mon observation, les artistes Gabonais n’y croient pas. Je parle de nous, je ne parle pas d’eux. On se limite aux frontières, on a fait un hit qui tourne à, Libreville on est content. Alors qu’on devrait viser plus loin. On devrait avoir de grandes ambitions, s’organiser, de telle sorte qu’on puisse créer des tendances qui puisse entrainer l’Afrique et pourquoi pas le monde, c’est ce qui s’est passé pour le Ndombolo, le Coupe-décalé, l’Azonto. Aujourd’hui c’est le Nigeria et le Ghana qui ont la tendance….à quand le Gabon ?

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G.C : Des solutions à proposer?

 

J.R : Comme solution, le travail et le fait d’y croire. Travailler sérieusement, respecter notre travail pour imposer le respect aux autres. Parce que on peut continuer à travailler, à produire des œuvres, mais si, elles ne sont pas de qualités,  si on ne continu pas seulement à viser que le hit au lieu de faire la musique pour le plaisir des mélomanes on ira jamais nulle part. Le Gabon n’a pas d’identité musicale, d’un artiste à un autre on ne reconnait pas une certaine substance. Juste un exemple, tu écoutes Tina, pour qui j’ai énormément de respect et tu écoutes je dirais Koba, tu ne peux pas savoir qu’ils viennent du même pays, on s’inspire davantage de la culture extérieure alors que l’on devrait s’inspirer de notre propre culture. Moi c’est ce que je fais, c’est mon fer de lance, et c’est l’originalité qu’il nous manque, l’originalité on ne peut pas la trouver ailleurs, on la trouve au sein de nous-même. Si on veut donner de l’originalité à l’extérieur, ce que l’extérieur n’a pas encore vu, c’est ce que nous avons. Le reste , ils l’ont déjà vu.

G.C : Mais essayes-tu d’en parler aux autres artistes ?

 

J.R : J’en parle autant que je peux sur les réseaux sociaux parce que c’est vraiment là-bas ma plateforme. Ma manière à moi de parler aux artistes est de faire certains pas et d’avancer à ma manière.J’espère que certains de mes frères se diront que si le frangin parvient à le faire c’est que moi aussi je peux y arriver. J’ai parlé à beaucoup d’artistes pour qu’on fasse des collaborations, qu’on s’unisse, qu’on unisse nos voix, nos vibes afin de créer quelque chose d’unique et c’est ce que j’ai l’intention de faire. Malheureusement beaucoup artistes Gabonais ne suivent pas et ne répondent pas favorablement, manque peut-être de solidarité entre artiste ou de volonté chacun a ses raisons, mais j’aimerais bien qu’on puisse le faire. C’est un rêve pour moi, que le Gabon puisse s’élever au moins au rang continental comme une valeur musicale véritable.

 

 

G.C : Quels sont les projets de J-Rio pour cette nouvelle année ?

 

J.R : Les projets de J-Rio sont multiples, sortir de gros sons évidemment, de bonnes collaborations pour pouvoir s’exporter un peu plus et  continuellement parler de mon Gabon, c’est ce que je fais et c’est ce que je ferai toujours.

               

G.C : L’expression ‘‘ Sors-ça Sorcier…Sorcière ’’, une explication plus clair pour ceux qui jusqu’à lors ne l’on pas encore bien comprit ?

 

J.R : L’expression ‘‘ Sorcier…Sorcière ’’ je l’ai trouvé ici, je ne l’ai pas inventé. Je l’ai découvert à Libreville et j’ai dû apprendre à le comprendre aussi, et on m’a juste dit que ‘‘ Sorcier ’’ c’est juste pour encourager le danseur de Ntcham, c’est-à-dire que c’est comme si le danseur de Ntcham danse tellement bien qu’il transcende en fait, il n’est plus humain, donc il est tellement bon qu’on a l’impression qu’il est un sorcier, voilà ce que cela veut dire. En résumé, quand on dit ‘‘ Sors-ça sorcier, sorcière ’’ cela signifie, sors tes meilleurs phases, tes meilleurs bottes comme on dit  parce que tu es…un sorcier, une sorcière (rire).

               

G.C : Ton meilleur souvenir que tu gardes en tant qu’artiste ?

 

J.R : Mon meilleur souvenir c’est ce 13 Aout 2014 au Komo pour mon concert, qui était fabuleux. Je ne savais pas que j’avais autant de fans, que tout une foule pouvais chanter mes chansons en chœur, je ne vis pas ici, donc peut-être je n’avais pas réalisé mon succès, mais c’était quelque chose que je n’oublierai jamais

 

G.C : Un dernier mot pour tes nombreux fans ?

 

J.R : Pour mes fans, merci pour tout, merci pour le soutien, pour la confiance que vous m’accorder, les nombreux messages que vous ne cessez de m’envoyer chaque jour, c’est le carburant de ma ‘‘ voiture ’’ musicale et je vous promets que je donnerai le meilleur de moi pour vous rendre fière. 

 

G.C : Notre entretien touche à sa fin, merci J-RIO et bonne continuation pour la suite de ta carrière.

 

J.R : Merci Gabon Célébrités.

 

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