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« La femme noire est tout simplement plus belle au naturel sans défrisage ni dépigmentation » – Ludmilla Agnorogoulet Dong, créatrice de L’Hair Afro

« La femme noire est tout simplement plus belle au naturel sans défrisage ni dépigmentation » – Ludmilla Agnorogoulet Dong, créatrice de L’Hair Afro

En entrant dans ses locaux dans le ABC Mall des Charbonnages, on se dit bien que le salon de coiffure L’Hair Afro ressemble à bien des égards aux salons traditionnels qui pullulent dans la capitale.  Et pourtant non ! Ce salon, bien particulier au fond, a tout de différent : son engagement à traiter et valoriser le cheveu naturel quelle que soit sa nature : crépu, frisé ou bouclé. Ici par exemple, vous ne trouverez aucun produit défrisant car la maîtresse des lieux se donne pour mission d’exclure tout produit néfaste à l’hygiène capillaire de ses clientes.

En effet, pour Ludmilla Agnorogoulet Dong, trentenaire et mère d’une petite fille, créatrice du concept et responsable du salon de coiffure, le déclic a eu lieu lors d’un voyage au Ghana. Une expérience révélatrice qu’elle n’hésite pas à nous raconter tout sourire aux lèvres.

Ludmilla Agnorogoulet Dong : En 2016, alors que j’exerce encore dans le secteur pétrolier en qualité d’ingénieure électro-mécanique, lors d’un séjour au Ghana, je décide de me rendre dans un salon de coiffure afin de me faire défriser les cheveux. A mon grand étonnement, ces dames refusent de s’exécuter précisant qu’elles s’occupaient exclusivement du traitement des cheveux naturels. Une réponse qui sur le moment m’a choquée voire même frustrée !

Restant là, interdite quelques minutes, j’ai pris le temps d’observer ce qui se passait autour de moi : les coiffeuses sublimaient les cheveux des clientes de plusieurs façons différentes et le service se passait dans une ambiance totalement détendue et bienveillante. Cette nuit-là, j’ai beaucoup réfléchi, je me suis projetée dans un scénario différent sur ma façon de prendre soin de mes cheveux, j’y suis donc retournée le lendemain pour tenter l’expérience. Je peux vous assurer que ces dames étaient aussi étonnées que contentes.

 

Était-il facile pour vous de respecter cette nouvelle résolution une fois rentrée au Gabon ?

Cela a été extrêmement difficile car à Libreville il n’y avait pas, du moins pas à ma connaissance, des salons spécialisés dans le traitement des cheveux naturels. D’ailleurs, une de mes pires expériences à cette époque a été les remarques que j’essuyais des coiffeuses lorsqu’elles essayaient de coiffer mes cheveux crépus; elles se plaignaient ! Autrement dit, pour elles il aurait été plus facile que je demande à placer un tissage ou un défrisage plutôt que de tenter de dompter des cheveux crépus et touffus.

Je me suis donc engagée sur ce chemin me disant que plusieurs autres personnes vivaient ma situation. J’ai ouvert le salon avec l’argent perçu lors de mon départ de mon précédent poste; ce n’était pas facile au début car les nappies se coiffent seules. Il s’agissait donc d’être un relais…nous ne défrisons pas nos cheveux, ce qui m’a valu une mauvaise expérience la première année.

J’ai eu ensuite un partenariat avec une marque de produits capillaires qui souhaitait faire son lancement dans un salon de coiffure spécialisé afro. Cette première année a été très difficile, il fallait se constituer une clientèle, il fallait également communiquer pour que le concept soit compris et que les gens y adhèrent. En 2017 en changeant de local, la vie d’entrepreneur a réellement commencé, nous commencions à avoir de la clientèle.

L’équipe de L’Hair Afro et Miss Tchad 2019 qui prône aussi pour les cheveux naturels

Aujourd’hui comment faites-vous pour communiquer ?

Notre communication se fait notamment sur les réseaux sociaux.

J’ai eu l’idée de lancer la White Afro Day, pour rassembler les adeptes du secteur des cheveux naturels qui se différencie clairement du mouvement dit « Nappy ». Nous ne portons pas le message du retour au naturel comme un leitmotiv que tout le monde devrait suivre. On accompagne ceux qui veulent faire un big chop, une transition ou l’entretien au quotidien de leur cheveux naturels. Nous réalisons même des coiffures protectrices avec des rajouts de mèches, tout est fait pour que le cheveu soit respecté et se développe sainement.

Pour revenir à la White Afro Day, la première édition a eu lieu en 2017, nous étions une centaine. La deuxième année, nous avons rassemblé près de 500 personnes. Il s’agit de faire connaître les acteurs du naturel évoluant dans l’ombre. A cet effet, on récompense ces entrepreneurs peu connus et on fait des ateliers avec différents thèmes.

De créatrice du premier salon 100% naturel, vous êtes aussi la première personne à avoir créé une poupée gabonaise.

Oui, exactement. L’idée m’est venue après l’accouchement de ma fille en décembre 2016. Lors de son premier anniversaire, je voulais lui offrir une poupée noire que je ne trouvais pas dans les magasins. Je lance donc la création de la poupée SAPHIR en juin 2018 et nous l’avons mise sur le marché le 21 décembre 2018. Elle s’est vendu à 250 exemplaires ! Pour ceux qui désirent s’en procurer pour un anniversaire au cours de l’année, elle est également disponible à Super Ckdo à la Sni, au magasin Tam et Will mais également ici au salon de coiffure. Vous pouvez vous la procurer au prix de 30.000 Fcfa.

Quels sont les services proposés dans votre salon ?

Nous proposons plusieurs services mais aussi des produits, car notre offre est complète. Nous avons deux catégories de clientes, je dirais même trois car les hommes sont également les bienvenus. Nous avons la nappies qui se connaissent et savent exactement ce qu’elles veulent en arrivant au salon. Puis, il y a les femmes qui veulent revenir au naturel, celles qui cherchent des conseils.

Nous avons des produits capillaires, accessoires et tee-shirts. Vous avez la possibilité de faire des soins tels que des bains d’huile, masques, etc. Les prix vont de 7000 à 15.000 Fcfa. Nous avons un service onglerie (2000 à 15.000 Fcfa) et notre cœur de métier est la coiffure femmes, hommes et enfants (1000 à 25.000 Fcfa). Il y en a pour toutes les bourses.

Si je devais résumer ma philosophie, je dirais que je milite fermement contre les produits défrisants, il en va de notre santé. Je rencontre énormément de personnes présentant des ennuis liés à l’utilisation de ces produits. Aujourd’hui, je collabore et j’aide des personnes à ouvrir des salons comme le mien.

Le mot de la fin ?

Je vais me répéter mais je sais que la femme noire est tout simplement plus belle au naturel sans défrisage ni dépigmentation. Il suffit en effet de réapprendre à s’apprécier telles que nous sommes et prendre confiance en nous, ainsi cette beauté cachée par le superflu se verra a nouveau révéler dans toute son authenticité.

 



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