Le Chef Anto: « j’ai beaucoup travaillé gratuitement juste pour avoir de la...

Le Chef Anto: « j’ai beaucoup travaillé gratuitement juste pour avoir de la visibilité »

Anto Cocagne,  plus connue sous le nom de Chef Anto, fait partie de ces personnes qui ont choisi de suivre leur passion et gagner leur vie en faisant ce qu’elles aiment.

Fruit de son travail et sa détermination, elle a été choisie pour cuisiner le dîner de Gala AfricaCop lors de la conférence internationale COP22 à Marrakech. Puis en mars 2017 elle a animé des ateliers culinaires aux Galeries Lafayette à Paris.

De passage, à Libreville pour la promotion du magazine de cuisine Afro Cooking, le Chef Anto a bien voulu répondre à nos questions.

 

Bonjour Chef Anto, les passionnés de cuisine et les férus de vidéos de recettes vous connaissent déjà. Pour ceux qui vous découvrent, pouvez-vous vous présenter en quelques mots svp ?

Je suis Le Chef Anto, gabonaise originaire du Moyen Ogooué. J’exerce en région parisienne comme cheffe à domicile, traiteur et consultante spécialisée dans les produits d’Afrique. Ma cuisine est panafricaine, elle met en valeur les produits et les plats traditionnels de notre continent et les présente de façon moderne.

 

C’est en France que vous vous êtes formée au métier de chef. Pourquoi ne pas avoir poursuivi vos études au Gabon ?

La France est reconnue mondialement pour la qualité de son savoir-faire culinaire. C’est le pays qui possède le plus grand nombre de restaurants étoilés au Guide Michelin. Lorsqu’il a fallu choisir un pays pour se former, la France fut pour moi un choix évident.

Les métiers de la restauration ne sont pas suffisamment valorisés au Gabon ; les jeunes s’orientent peu vers ce secteur. Pensez-vous que ce soit un secteur d’avenir dans notre pays ? Que faudrait-il pour les encourager à poursuivre sur cette voie selon vous ?

Oui la restauration est un secteur d’avenir. Je ne compte plus le nombre d’opportunités que je vois à chaque fois que je viens au Gabon. Il faut juste que les autorités (enseignants, conseillers d’orientation, fonctionnaires de Bourses et stages) s’investissent plus en communiquant plus sur ce secteur par des forums, des témoignages de professionnels, des rencontres entre étudiants et acteurs de la restauration, en diffusant des films documentaires traitant de ce sujet.

 

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Vous vous trouvez actuellement au Gabon, entre autres, pour promouvoir le magazine « Afro-cooking ». Pouvez-vous nous en dire plus ?

Afro-cooking est le premier magazine des cuisines d’Afrique et d’outre-mer.

Il est né il y a 2 ans suite à divers constats :

  • Il n’y avait aucun magazine culinaire destiné aux cuisines africaines et caribéennes;
  • nos recettes n’étaient pas écrites, car la plupart étaient transmises oralement;
  • beaucoup de personnes aimaient les produits de notre patrimoine culinaire, mais ne savaient pas comment les cuisiner.

Notre objectif principal est de promouvoir les recettes traditionnelles afro-créoles, leur donner des normes écrites, et de proposer à nos lecteurs des recettes modernes avec des produits qu’ils connaissent bien.

Aujourd’hui Afro-cooking est distribué dans 19 pays sur les continents : Afrique, Amérique du nord, Europe, et DOM-TOM. Plusieurs chefs africains et antillais travaillent à nos côtés, et nous utilisons aussi nos espaces publicitaires pour favoriser la visibilité de produits ou d’entreprises afro-créoles.

Depuis 1 an, le magazine est partenaire de l’émission « 7 milliards de voisins » sur RFI, présentée par Emmanuelle Bastide. Nous y partageons, conseils et recettes culinaires autour d’un thème bien définit.

Au Gabon, le magazine est, disponible à Libreville (Mbolo, Géant Ckdo, supergros, Superglass, Prix import, Maison de la presse, Livre plus Centre-ville), Owendo (Kiosque port Owendo, Kiosque gare Owendo, Foyer du marin, Kiosque Ckdo Owendo), Port-Gentil (Score, Aviation POG), Lambaréné (Groupe Diago, Livre star), Oyem (Kiosque Mvet) et Bitam (Livre plus).

En plus de votre collaboration avec ce magazine, depuis quelques années vous êtes cheffe à domicile. En quoi cela consiste-t-il ? Comment vous est venue l’idée d’orienter votre carrière vers cette activité ?

Après m’être séparée de mon ancien employeur, je voulais me lancer à mon propre compte. Seulement je n’avais pas les moyens de me payer un local. J’ai donc décidé de travailler comme cheffe à domicile, car le concept me permettait de cuisiner directement chez mes clients.

Ce concept est en plein expansion en France depuis quelques années. Lorsque je me suis lancée, j’étais la seule à proposer dans mon réseau de la cuisine africaine.

Pour vous, quel serait le menu idéal pour recevoir des convives et les épater ?

Le menu idéal pour moi (cliquez sur le texte pour accéder à la recette) :

Jus de gingembre en apéritif

Accras de manioc aux crevettes en entrée

Sanglier à l’Odika en plat

Carpaccio d’ananas aux épices pour le dessert

Sanglier à l'odika par Le Chef Anto
Sanglier à l’Odika par Le Chef Anto

Avec l’accès à internet qui est de plus en plus facile sur le continent,  on remarque l’émergence de nombreuses blogueuses culinaires. Ce sont souvent des amatrices, passionnées de cuisine ou des professionnelles qui arrivent à mieux se faire connaître. Que pensez-vous de ce phénomène? 

J’ai moi-même débuté par un  blog en 2012 et une chaîne YouTube. Je suis en admiration pour toutes ces personnes qui sont blogueurs à plein temps. Il faut sans cesse donner du contenu à sa plateforme, faire des photos, des vidéos, faire les montages et cela prend du temps.

Je ne peux qu’encourager ce type d’initiative car cela permettra de vulgariser nos cuisines et de les rendre plus accessibles.

 

« Pour être célèbre les réseaux sociaux ne suffisent pas : il faut d’une part être reconnu par ses pairs » 

Est-ce que les réseaux sociaux suffisent, selon vous, à lancer sa carrière dans ce domaine lorsque l’on veut en faire son métier et qu’on souhaite aussi être célèbre ?

Pour être populaire,  les réseaux sociaux sont un bon début car ils vous donnent de la visibilité. Si vous avez une activité lucrative et que vous n’êtes pas présent ne fusse que sur Facebook, vous n’existez pas ! Et les marques l’ont bien compris.

Pour être célèbre les réseaux sociaux ne suffisent pas : il faut d’une part être reconnu par ses pairs dans le domaine, et d’autre part avoir son image associée à une marque ou un  média. Et ce n’est pas donné à tout le monde.

Vous concernant, devenir célèbre grâce à votre métier était-il un objectif ? À quels types de difficultés avez-vous dû faire face avant de « percer » comme on dit ?  

Être célèbre n’a jamais été un objectif bien au contraire. Je dis souvent « pour vivre heureux, vivons cachés ». Mais à un moment donné pour me faire connaître de ma clientèle, il fallait que je communique sur mon activité. En communiquant, les médias se sont intéressés à mon parcours.

Avant tout cela, j’ai dû faire mes preuves : j’ai beaucoup travaillé gratuitement juste pour avoir de la visibilité, j’ai beaucoup investi de ma poche sans rien gagner en retour, je me suis fait arnaquer, j’ai eu des clients mauvais payeurs. Mais tout ce qui ne nous tue pas, nous rend plus forts !

 

Le Chef Anto récompensée à Marrakech le 18 novembre 2016
Le Chef Anto récompensée à Marrakech le 18 novembre 2016

 

Aujourd’hui on peut dire que vous êtes connue et reconnue dans votre profession. Vous attendiez-vous à être autant sollicitée ?

Non je ne m’y attendais pas. Cela me met une pression énorme et me demande d’être encore plus rigoureuse. Tant que vous êtes cachés personne ne vous calcule. Le jour où vous êtes connu du public, on analyse tous vos faits et gestes.

Cela ne s’arrête pas puisqu’en octobre 2017 vous participerez à la Semaine du goût en France. Pouvez-vous nous en dire plus sur cet événement ?

La Semaine du Goût est l’événement référent de la transmission et de l’éducation au goût. Elle favorise les rencontres entre professionnels de la terre à l’assiette avec le grand public et les publics cibles (de la maternelle à l’enseignement supérieur) partout en France pour sauvegarder la culture des patrimoines culinaires et le bien manger.

Le ministère de l’éducation nationale est partenaire de cet événement durant lequel, des professionnels des métiers de bouche (artisans, commerçants, fermiers…) feront découvrir partout en France les milles et un plaisirs du goût en organisant leurs animations. J’ai été conviée à faire partie du comité de pilotage des chefs de demain afin d’animer les ateliers qui seront organisés à l’Ecole de Paris des Métiers de la table.

 

Avez-vous d’autres projets pour cette année ?

Je viens d’être référencée comme prestataire au Musée du Quai Branly, c’est un musée spécialisé dans l’art africain. À la fin de l’année j’aurai le plaisir d’y faire le cocktail de clôture d’une exposition sur le Gabon.

Quand peut-on s’attendre à goûter la cuisine du Chef Anto à Libreville ?

Pour goûter ma cuisine, encore un peu de patience, je suis en pleine négociation pour organiser tout cela très prochainement.

Merci Chef Anto d’avoir répondu à nos questions. Un dernier mot pour nos lectrices et lecteurs ?

Pour finir, je citerai cette phrase de Confucius : « Choisissez un travail que vous aimez et vous n’aurez pas à travailler un seul jour de votre vie. »

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