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Capricia A.B et Kassia W.K : “Avec Aykobi, notre ambition est de permettre que les futures générations puissent parler leurs langues maternelles”

Capricia A.B et Kassia W.K : “Avec Aykobi, notre ambition est de permettre que les futures générations puissent parler leurs langues maternelles”

Quelques mois seulement auront suffi à Capricia A.B et Kassia W.K pour séduire et fédérer une communauté autour de leur projet. Ces deux jeunes femmes franco-gabonaises ont eu une ambition : faire connaître les langues africaines aux enfants dès leur plus jeune âge. Et quelle meilleure façon de le faire, qu’en commençant par leur pays natal ?




Alors que cela pourrait paraître évident, la transmission de nos langues devient un challenge de plus en plus difficile à relever aujourd’hui. Les jeunes parents, en plus de leurs connaissances – quand cela est le cas – ont envie de nouveaux outils d’apprentissage ludiques pour leurs mwanas. Et cela, Capricia et Kassia l’ont bien compris.

Après avoir obtenu avec succès le financement de leur projet à hauteur de 4 290 000 Fcfa grâce au crowdfunding (financement participatif), l’idée Aykobi a enfin pu prendre forme pour laisser place à un livre musical de dix comptines et six contes accompagnés de la voix de l’une des icônes de la chanson gabonaise, Annie-Flore Batchiellilys. Le livre nous fait découvrir Ayo, Kimia et Obi, trois enfants qui entraîneront les vôtres à la découverte d’histoires traditionnelles et de leçons de vie. Une aventure auditive qui a l’avantage de séduire aussi bien les petits que les grands.

Les deux entrepreneures ont accepté, à leur tour, de nous conter leur aventure entrepreneuriale et leur souhait si vif de contribuer à la transmission de nos langues.

 

 

Les propositions pour les petits enfants sont rares dans la littérature gabonaise. Qu’est-ce qui vous a inspiré́ la création de ce livre de comptines ?

 

La création de ce livre vient répondre à une problématique personnelle. Nous sommes nées et avons grandi au Gabon, aujourd’hui nous sommes en âge d’être mères et de transmettre notre culture à nos enfants, et cela passe très souvent par l’apprentissage de la langue maternelle. Seulement, nous ne la parlons que très peu et pas suffisamment pour la transmettre, et cela nous a toujours quelque peu complexées. Ayant eu très peu de supports ludiques en langue durant notre jeunesse, nous avons voulu en offrir davantage à nos enfants et à la jeunesse gabonaise. Dans le même sens, si nous ne faisons rien, nos enfants
risquent de vivre ce même sentiment une fois adultes tout comme nous.

C’est pendant notre travail de recherche surtout, que nous nous sommes rendu compte que ce livre viendrait répondre à un manque général. En effet, d’après un sondage réalisé par nos soins, seulement 30% de Gabonais parlent leur langue maternelle. Notre ambition est de permettre que les futures générations de Gabonais, et même d’Africains, puissent parler leurs langues maternelles et quoi de mieux que de le faire en chansons ?

 

 

Toutes les comptines sont en langues vernaculaires. Est-ce un choix délibéré dès le début ou avez-vous pensé à mélanger langue française et langues du Gabon ?

Non, il s’agit d’un choix tout à fait réfléchi. Nous voulons mettre à l’honneur nos langues vernaculaires et initier l’enfant dès le plus jeune âge à celles-ci. Le français est déjà amplement mis en avant dans nos sociétés africaines et il est grand temps de valoriser les langues de chez nous.

 

Pour vous, était-ce une évidence qu’Annie Flore Batchiellilys interprète les comptines du livre ? Aviez-vous pensé à d’autres artistes ?

Maman Annie Flore a été une évidence pour nous effectivement. Nous voulions principalement que les comptines et berceuses soient chantées par la voix d’une maman. Étant donné que nous avons grandi en écoutant sa musique et que nous l’apprécions beaucoup pour son art et les valeurs qu’elle prône en faveur de la jeunesse gabonaise, nous voulions que ce soit elle. Aussi, nous voulions revendiquer une certaine unicité en la faisant chanter dans différentes langues. Cela plaît car aujourd’hui les enfants et parents punus chantent les comptines en myènè, les Myènès chantent en téké, etc. On embrasse sans complexe la multiculturalité de notre pays.

Par ailleurs, pendant que nous travaillions sur le livre, Willy Sambo nous a été présenté spontanément par un proche. Nous lui avons proposé de chanter l’adaptation d’une chanson myènè qu’il a su porter avec sa belle voix.

 

 

Vous avez choisi de mêler des chansons déjà présentes dans la culture traditionnelle avec des créations originales. Pourquoi ce choix ?

Nous voulions simplement montrer que nous portons de belles richesses sans même le savoir, ou parfois, les avons oubliées en grandissant. Certaines personnes nous ont dit qu’elles ne connaissaient pas du tout de comptines et berceuses gabonaises et les ont donc découvertes avec des yeux d’enfants. Tandis que d’autres, se sont souvenus d’une chanson lorsque nous leur avons fait écouter. C’était important de conserver l’âme des chansons chantées autrefois par nos grands-parents tout en y ajoutant une petite touche de modernité.

De même, dans le livre on retrouve des contes connus et de nouveaux contes créés par AYKOBI. Ce sont des contes pour petits et grands dont certaines contiennent des morales.




 

Pouvez-vous nous expliquer le processus de production de ces nouvelles chansons ? Quels sont les autres talents gabonais auxquels vous avez fait appel ?

De manière très succincte, nous avons récolté les chansons auprès de nos proches, familles, amis et connaissances puis nous les avons écrites en langues puis traduites à l’aide de professionnels linguistiques. Puis, nous avons été en studio avec maman Annie Flore.
D’ailleurs, nous avons prêté nos voix ici et là dans certaines chansons du livre. Nous ne sommes pas des chanteuses (rires) mais c’était très important pour nous de porter notre pierre à l’édifice.

Nous avons également collaboré avec Landry Onguelle qui nous a apporté une touche de magie avec par exemple son balafon et quelques instruments; Arnaud Eyagha pour la diction et la prononciation des mots en fang. Ils ont tous été d’une grande aide dans ce projet.

 

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Nous avons beaucoup apprécié le storytelling du livre avec ces voix d’enfants qui racontent et interrogent d’autres enfants. A-t-il été facile de faire participer ces petits “acteurs” ?

Bien sûr ! Les enfants sont en général assez curieux de leur culture, alors participer à un projet culturel comme celui-ci a été enrichissant pour eux, même s’ils ne réalisent pas encore son importance. Pour nous, leur participation était essentielle car ce sont eux les futurs adultes gabonais, représentants et transmetteurs de leur culture. Dans le même sens, le choix de la création de nos
personnages Ayo, Kimia et Obi s’est énormément basé sur le fait que les enfants puissent se sentir représentés dans un livre qui leur appartient.

 

Et la suite ? Doit-on s’attendre à toute une collection de comptines ?

Nous espérons proposer d’autres livres de comptines, berceuses et contes. Nous voulons bien sûr que les langues soient variées afin de faire plaisir au plus grand nombre d’enfants et de parents.
Nous souhaitons varier également les supports d’apprentissage car l’appropriation et la transmission de la culture et des langues gabonaises peut se faire de diverses façons ludiques. Notre but est que les jeunesses gabonaise et africaine parlent leurs langues dès le plus jeune âge et soient fières de la richesse de leurs cultures.

 

Comment peut-on se procurer votre livre, au Gabon notamment ?

Pour se procurer le livre en livraison en France et en Europe, il suffit de se rendre sur notre site internet www.aykobi.com.

Au Gabon, le livre est actuellement disponible à Mbolo, CKDO, à l’aéroport International Léon MBA, ainsi que chez Okani Concept store.

 

 




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