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Jérémie Tchoua : « Tout le monde peut faire autrement, quel que soit son âge »

Jérémie Tchoua : « Tout le monde peut faire autrement, quel que soit son âge »

Faire « autrement », c’est la nouvelle expression qui finira par s’imposer à vous après avoir vu la série documentaire de Jérémie Tchoua. Loin de se laisser influencer par le pessimisme ambiant, le jeune professionnel incarne bien cette formule puisqu’il a lui-même choisi de poursuivre ses rêves et d’en faire son métier.

Après avoir réussi à s’imposer dans la photographie, en 2018 il se lance dans la fiction en tant que réalisateur et propose le court métrage d’action, « Opération Nguendé ». Puis vient « Onomé » en 2020, un moyen métrage mêlant action, surnaturel et super-héros. Le succès ne se fait pas attendre.

Aujourd’hui, c’est en explorant un autre genre cinématographique que Jérémie Tchoua nous propose « Autrement ». Une série-documentaire de plusieurs portraits de Gabonais ayant fait le choix de vivre de leur passion.

Entretien avec un jeune réalisateur qui n’a pas fini de nous surprendre.

 

« On va encore faire comment ? « , une expression qui sonne comme un aveu de fatalisme. Est-ce pour éviter cette fatalité que vous avez-eu l’idée de cette série documentaire ?

« Eviter » est peut-être un grand mot. Je pense que cette expression a marqué ma vie, parce que je l’ai tellement entendue ici au Gabon depuis petit. La génération avant la mienne nous a toujours dit que notre pays était « par terre », qu’il « glissait » ou encore que rien ne peut changer au Gabon. Ma génération n’a rien connu d’autre qu’un défaitisme global et a dû accepter, par la force des choses, que rien ne peut bouger dans ce pays.

Pour moi, cette expression symbolise l’état d’esprit de tout un peuple qui s’avoue vaincu face à une situation globale de notre nation, et j’ai voulu montrer par cette série documentaire que c’est possible de faire « Autrement », qu’il y a une autre alternative à ce fatalisme que nous avons tous accepté depuis des générations.

 

Faire autrement consiste en quoi concrètement selon vous ? Peut-on faire autrement à tout âge, à tout moment de sa vie ou est-ce un message qui résonne plus chez les jeunes ?

Pour moi, faire autrement consiste à ne pas accepter ce fatalisme là et faire différemment dans notre quotidien. Je pense que chacun a reçu quelque chose de particulier qui lui est propre et qu’il ne sera épanoui que lorsqu’il le pratiquera chaque jour de sa vie.

Une personne qui a la passion de son travail n’a pas besoin d’être poussé à bien le faire car il le fait de bon coeur avec un feu qui brûle en lui et donc rien ne l’empêche de se donner à fond. Tout le monde peut faire autrement, quel que soit son âge. Je pense que notre vie commence vraiment quand on entre dans sa vocation.

 

A-t-il été difficile de convaincre ces jeunes Gabonais de partager leurs parcours ? Se sont-ils facilement prêtés au jeu ?

Naturellement, je me suis tourné vers des personnes qui font déjà autrement et qui ont une histoire inspirante, tant par leur cran, par leur audace, que par leur abnégation à se battre pour y arriver. Ils ont tous accepté de partager leur témoignage, aussi intime soit-il.

 

Peut-on dire que la résilience est le thème principal de cette série documentaire ?

Le thème principal de cette série documentaire est la faculté à nager à contre-courant. La résilience est, je pense, uniquement une des qualités premières dont il faut s’armer pour faire autrement. De tous les témoignages que j’ai reçus, un des aspects qui revient toujours, c’est cette capacité à se battre pour surmonter les obstacles, pour faire ce qui est notre vocation. Si on ne fait pas ce qui nous fait vibrer dans notre vie, on ne peut pas atteindre des sommets et impacter notre environnement.

Je pense que quelqu’un qui a réellement le souci du sport ne fait pas jouer son neveu à la place du meilleur joueur de l’équipe nationale. De même, personne ne peut mieux fonder un orphelinat quel quelqu’un qui a le souci du bien-être des enfants. Le problème vient, à mon avis, quand on fait quelque chose qui n’est pas notre vocation. On va venir au boulot en râlant, faire le minimum ou très mal le faire.

Les gens sont en demande de contenus de qualité 100% gabonais.

Ce que nous remarquons aussi dans votre démarche, c’est le souci donné à l’esthétique. Esthétique de l’image, du récit, de la mise en scène… était-ce aussi important pour vous que le message à faire passer ?

L’esthétique est très importante car c’est ce qui fait que le spectateur s’arrête pour découvrir le contenu. Mais la qualité esthétique n’est qu’un outil pour faire passer un message. C’est pour cela qu’elle est essentielle mais elle n’est rien comparée au message que je veux transmettre à mes compatriotes.

Alors que vous avez réussi à vous imposer comme un photographe de référence, on note votre envie de proposer de plus en plus d’œuvres cinématographiques. Qu’est-ce ce qui vous attire dans le cinéma ?

Le cinéma m’a toujours attiré, depuis ma tendre enfance. J’aime raconter des histoires et j’ai toujours été fasciné par la salle noire et l’écran géant. Je trouve que le cinéma est un outil très puissant pour communiquer des pensées, aborder des sujets et des thèmes importants et très difficiles à aborder dans la vie de tous les jours.

Par exemple, si je me mets au milieu d’un carrefour et je commence à parler de « la haine de l’homme noir envers sa propre couleur de peau » personne ne m’écoutera. Mais si je fais un film ou un documentaire sur ce thème (avec une esthétique de feu en plus), je suis sûr que beaucoup seront curieux et le regarderont. Le Cinéma est un outil immensément puissant pour éduquer, remettre en question, aborder des thèmes divers et aussi divertir.

 

Toutes vos productions, de « Opération Nguendé » à « Autrement » en passant par « Onomé » ont été offertes au public sur les réseaux sociaux notamment Facebook. Est-ce un choix délibéré ?

Mon but a toujours été que le maximum de personnes voient mes oeuvres. Je me considère comme un artiste « généreux », c’est-à-dire que je ne veux pas créer pour moi mais pour le partager aux autres. Je ne prends du plaisir que lorsque je partage à mes compatriotes des idées que j’ai eues, des délires, ou même des thèmes importants.

N’ayant aucun réseau de connaissances dans le milieu de la Télévision, et n’ayant pas les moyens de payer pour faire passer mes réalisations à la télévision, je suis passé par l’endroit où les jeunes sont le plus : les réseaux sociaux. Les gens y sont, c’est gratuit et c’est plus facile. Je suis néanmoins conscient que je n’arrive pas à atteindre une grande partie du public gabonais plus âgé, qui n’est pas sur les réseaux et c’est mon combat actuel.

 

Cette année il y a eu « Onomé » , et maintenant « Autrement ». Vos œuvres sont généralement très bien acceuillies par le public. Comment expliquez-vous cela ?

Je n’ai pas d’explication si ce n’est le fait que les gens sont en demande de contenus de qualité 100% gabonais. Que cela soit du divertissement ou des documentaires. Et je leur en fournis, avec peut-être un style différent, nouveau et une qualité d’image intéressante.

 

Un indice sur le prochain projet de Tchoua Productions ?

Il y a tellement de projets cinématographiques dans ma tête que je ne saurais en citer juste un aujourd’hui. Mais je peux donner un petit indice : il sera musicalement coloré.

Hyacine, ingénieur du son et acousticien. « Autrement »

 

« Autrement », la série-documentaire de Jérémie Tchoua est disponible sur la page Facebook de Tchoua Productions.

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