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Kôba Building : « A Mayena, j’avais un salaire en tant que directeur artistique qui chaque mois était toujours divisé pour le prétexte suivant : Je suis venu au bureau sans costume … »

Kôba Building : « A Mayena, j’avais un salaire en tant que directeur artistique qui chaque mois était toujours divisé pour le prétexte suivant : Je suis venu au bureau sans costume … »

De Black Kôba à Kôba Building, l’homme a su construire au fil du temps une légende et une figure incontestable du hip hop africain. Installé en France depuis quelques années , nous évoquons avec le rappeur ses débuts dans le rap, son passage à Eben Entertainment, le dossier Mayena productions mais aussi toutes les rumeurs et Ont-dit sur sa personne concernant par exemple le titre  »Odjuku  » . Découvrez notre entretien sans tabous et sans langue de bois avec l’une des plus grosses révolutions du rap en afrique.

GABON CELEBRITES : Bonjour Kôba, tu es notre premier invité pour cette nouvelle année. On te sait très discret vis à vis des médias alors pour nous c’est un privilège de t’avoir sur notre plateforme. Comment vas-tu ?

KÔBA BUILDING  : Ça va très bien grâce à DIEU merci.

GC : Ta vie en tant qu’artiste prend un tournant décisif quand tu fais la rencontre de Baponga. Tu dis dans une de tes chansons que c’est lui dès le début qui a cru en toi, en ton style, en ton flow… Cette reconnaissance par l’un des pères du rap gabonais était-elle ce dont tu avais besoin comme déclic pour pouvoir montrer à la face du monde ton talent ?

KB : Je ne dirai pas que c’est ce dont j’avais besoin mais ça a été un réel coup de pouce. Et les premières personnes à avoir cru en moi sont mes parents et Jessy « The Kôba Genius » de Matongue, celui de qui je tiens le surnom Kôba. Mon père spirituel en quelques sortes.

GC: Meilleur artiste hip hop africain en 2005 au Kora Music Award, plus de 10 ans après, quel souvenir en gardes-tu et penses-tu pouvoir encore atteindre ce type de performance un jour ?

KB : Je ne garde que le meilleur de cette période de ma carrière. Très bonne expérience, des rencontres et du partage. Que du bien. Atteindre ce type de performance j’avoue avoir du mal à comprendre cette question parce que je pense en toute humilité l’avoir dépassé depuis. Beaucoup ont sûrement du mal à s’en rendre compte parce qu’ils sont restés figés dans le temps. Lorsque j’ai sorti mon premier album beaucoup l’ont trouvé trop dur, peu mature etc et pourtant il aborde des thèmes qui ressortent aujourd’hui tel que les conditions de vie des prisonniers dans « Ma Life », l’hypocrisie du milieu artistique dans « Cash Money » ou encore des titres comme « Intox », « Jamais sans ma fille » ou « Aimer deux femmes ». C’est seulement des années après que les gens ont validé l’album mais j’étais déjà dans une autre logique. Quand j’ai sorti le single « Regarde moi » en 2008 dans lequel j’annonce que je suis musulman, j’ai été surpris qu’en 2015 les gens me demande si je suis musulman. Le passé appartient au passé, je ne suis plus « Black Kôba » , je suis KÔBA BUILDING.




GC: Un événement qui a bousculé et si l’on peut dire ‘‘réveillé’’ le rap gabonais c’est le clash Kôba contre Shad’m. Aujourd’hui quels sont vos rapports, cette animosité demeure ou l’eau a coulé sous les ponts ?

KB: Shad’m c’est un artiste que je respecte. Je respecte la direction artistique qu’il a emprunté. Si nos conflits ont pu servir les gens de manière positive c’est très bien, le reste c’est du passé. Nous sommes plus matures que Booba et Kaaris.

GC : Une nouvelle génération d’artiste hip hop gabonais émerge, BGMFK, Tris, T-Bool, NG Bling, Styley etc. Penses-tu que cette fois-ci le Gabon est prêt à s’exporter ?

KB : La musique gabonaise s’exporte depuis mais elle n’a pas autant d’impact que les autres musiques africaines parce que les gabonais aiment la musique des autres et font la promo des autres artistes plutôt que celles des Gabonais. Mais ça va, il y a une génération qui est entrain de se mettre en place et qui consomme 200% Gabonais. Je vous invite à regarder le film « Bienvenue en Mbeng » de Yung Malick sur YouTube la bande sonore est 100% Gaboma et ca c’est super cool. PS: j’aime beaucoup Tris.

GC : Une tendance en ce moment est en train de prendre de l’ampleur, c’est le fait que beaucoup de rappeurs se lance dans la variété. Comment expliques-tu ce phénomène ?

KB: Les gens sont en quête de buzz donc deviennent des girouettes. Je ne suis pas trop dans ce délire mais chacun est libre de faire ce qu’il veut de sa vie ou de sa carrière. Personnellement, je ne me vois pas entrain de faire des titres comme « wa wa wa » de Nayabingui ou encore du coupé-décalé à la « Racommoder » de Ba’ponga. Et pourtant j’ai déjà écrit et travaillé sur des projets zouk, coupé-décalé, R’n’B pour des gens mais en faire pour moi-même non ça ne me parle pas. Maybe one day personne ne connaît le futur mais pour l’instant non c’est pas le mode d’expression dans lequel je me sens le plus viril.

GC : Ton actualité , c’est également la sortie prochaine de ton nouvel album « BLACK ROSES ». Quand est-ce que cet album sera disponible dans les bacs ?

KB : Il est prévu pour 2017 c’est tout ce que je peux dire.

GC : On a connu Koba Building très cru, grossier dans ses textes. Aurons nous droit à la même sauce avec ce nouveau projet ? Quel message veux-tu faire passer à ton public avec BLACK ROSES ?

KB: Les composants seront les mêmes avec quelques rajouts. Les thèmes varient mais la ligne directrice reste la même dans cet album qui sera à 95% consacré à la situation et la place des Afros dans le monde. Apprendre à s’aimer et se connaître pour pouvoir comprendre les autres. Les noirs et les Africains ne s’aiment pas et s’encouragent très peu et c’est bien dommage. Ça pousse les autres communautés à nous traites en sous-merde. Nous devons nous pousser mutuellement vers l’excellence et arrêter d’accepter les miettes qu’on nous donne sous la table. On vaut mieux que ça. Nous sommes des Black Roses.

GC : Quelles sont les collaborations prévues ?

KB: Surprise…

GC : Basé en France, tu as créé ton propre label, Ghettobling Editions. Peux-tu nous dire de quoi il s’agit ?

KB : Le label a officieusement vu le jour en 2008 avec la première mixtape qui réunissait pas mal d’artistes gabonais sur le remix du titre « Check Check ». Depuis lors, on a fait notre petit bout de chemin, on a produit quelques artistes, travaillé sur des projets et sponsorisé des événements tel que « Bantu Esthétik », le concert solo de l’artiste béninois Blaaz à Cotonou… » etc. On s’était fixé un nouveau challenge, on a ouvert le label officiellement en France, on a agrandi l’équipe et aujourd’hui on travaille dans le but de relever de nouveaux défis mais surtout de faire ce qu’on aime par dessus tout: la musique.

GC : Tu as défrayé la chronique ces derniers mois avec une chanson créant une énorme polémique avec le pouvoir en place « ODJUKU ». Aujourd’hui ta tête est mise à prix, comment vis tu cela ?

KB : Ça dépend du prix… looll.

GC : Certains te reprochent d’avoir profité aisément et largement du confort et des avantages de ce pouvoir avec en l’occurrence ton statut privilégié au sein du Label Eben Entertainment, puis surtout à Mayena Productions qui appartient au fils du Président, duquel tu étais le Directeur artistique. Cracher dans la nourriture qui t’a nourri pendant des années, penses-tu que c’était la meilleure des choses à faire ?

KB : Lorsqu’on lit la question on a l’impression que j’ai été pris dans la rue et on m’a donné de l’argent chaque fin du mois pour rien faire, déjà on va remettre les points sur les I et les barres sur les T. Je n’avais pas un statut privilégié à Eben. Pas plus que les autres membres. Les préférés d’Eric Benquet « producteur » étaient Ba’ponga, Kudi, K-prime et Steeve de la Fuente et il le disait à qui veut l’entendre. Le reste nous étions un peu trop libres et récalcitrants à sont goût c’est à dire Nephtaly, Latchow et moi.

Ensuite, les relations que le producteur du label entretient avec le système notamment Blaise Louembe ne nous regardent pas c’est sa vie privée. Il ne nous a pas signé dans Eben pour faire de la politique, ni même pour soutenir un quelconque pouvoir. Nous étions tous là pour la musique et nous l’avons fait proprement, l’histoire peut en témoigner. C’est la même chose en ce qui concerne Mayena. Mon ami « fils de président » voulait faire du rap, je lui ai dit de monter un label de production au lieu de rapper et bien évidemment il m’a proposé de diriger le projet. L’objectif était de produire et faire connaître la musique urbaine gabonaise. Mes projets étaient strictement gabonais et mettaient des gabonais au service de l’art urbain.

J’avais pris dans mon équipe des gens tel que F.A.N.G « infographe », Fabass « videographe », Mario de Dreamline « distributeur et promoteur de musique urbaine et des employés de ma société d’impression numérique. Tous ont été recalé pour mettre des personnes qui non seulement n’étaient pas gabonais, qui étaient plus coûteux et qui n’étaient pas mieux qualifiés que mes gens. Magalie Wora était venue nous soumettre un projet intéressant par rapport au management et moi en tant que Directeur Artistique j’ai donné mon accord a 100% parce que je trouvais le projet bénéfique enrichissant pour tous mais ils ont refusé soit disant c’est une fille à problème et qu’elle n’est pas professionnelle. Ce qui n’est pas vrai.

Ils voulaient ensuite que je me débarrasse de mon manager Kristof et que j’arrête de fréquenter Dafresh et Urban Fm. Mon manager et moi avons travaillé des nuits durant sur un projet de festival 100% Gabonais. L’ancien nom du festival était « Vas y Rap » ensuite je l’ai nommé « Afrik’Ayimbe ». Je l’ai même soumis à Daf Ossouala qui l’a trouvé intéressant et avait un projet similaire. Le projet tout compris s’élevait à 35M et Kristof et moi ne touchions aucun cachet que des perdiems parce que la première facture était trop élevé selon eux. Finalement le projet a été refusé parce qu’ils trouvaient que 35M pour un festival étalé sur 3 jours avec juste des artistes gabonais c’était trop coûteux et pas du tout rentable.

Deux mois plus tard, ils organisaient le concert de Sexion d’Assaut au double du budget et sans aucune rentabilité. J’ai compris qu’on était pas sur la même longueur d’ondes du coup j’ai zappé. J’avais un salaire en tant que directeur artistique qui chaque mois était toujours divisé pour les prétextes suivants : je suis venu au bureau sans costume – Je me suis arrêté à Urban Fm avant de venir au bureau – J’ai fait un feat avec Krash lo grav K – J’ai fait un feat avec Young Troy – Je ne suis pas venu à l’heure au bureau. Franchement c’était juste malsain et ça n’avait plus rien à voir avec le programme qui visait à faire évoluer le talent urbain gabonais.

En dehors de mon salaire de D.A, j’avais facturé au label un cachet à la signature et des conditions qui n’ont pas été respectées. Malgré ça, on a décidé d’annuler le premier contrat et de repartir sur de nouvelles bases. J’ai fixé un cachet de signature diffèrent du premier que j’avais déjà touché et j’ai soumis d’autres conditions. L’avance du cachet a été donnée et aucunes conditions n’a été respectées donc j’ai mis un terme au contrat sans plus. Ils m’ont recontacté pour repartir encore sur de nouvelles bases et j’ai dit non. Au delà de l’argent un artiste ce qu’il veut faire c’est travailler, s’exprimer et voir son travail exposé etc… Mais quand ton label te demande de retirer ton album de iTunes et toutes les plateformes de téléchargements payantes mon gars c’est qu’il y a un problème. J’ai préféré laisser tomber .

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Voici la vraie histoire. On peut acheter ma musique mais on ne m’achète pas et je crois qu’ils l’ont compris et qu’ils n’ont pas aimé ça. Parce qu’ils sont habitués à dealer avec des personnes monnayables. C’est pour ça qu’ils me qualifiaient de rebelle ayant du mal à me soumettre à l’autorité.

GC : Dans ta chanson « ODJUKU » tu fais un état des lieux et un bilan plutôt négatif du Président en place, pourquoi avoir attendu cette élection présidentielle de 2016 pour dire tes 4 vérités et ne pas l’avoir fait avant ?

KB : C’est à la fin de chaque chose qu’on dresse un bilan pas avant. C’est la première fois qu’il était président, le bilan est médiocre et ça ne va pas en s’arrangeant. Vous même regardez est-ce qu’il dirige bien le pays selon vous?

GC : On a lu dans un de tes post sur ta page Facebook que tu es désormais interdit de remettre pied au GABON, peux-tu nous le confirmer ? Que comptes-tu faire alors ?

KB : Le Gabon c’est mon Pays. Je suis gabonais. Moi, j’ai l’acte de naissance originale loooll. Même sur la planète Mercure je resterai Gabonais. Le reste n’est que détail.




GC: Claudy Siar disait lors d’une précédente interview que le rôle d’un artiste est de se ranger du côté du plus faible, tu es l’un des seuls avec le groupe Movaizhaleine à avoir décidé de prendre la parole, comment expliques-tu que tes autres collègues artistes gabonais aient préféré garder le silence ?

KB : Movaizhaleine et moi ne sommes pas les seuls. Il y a des artistes comme Krystal Killer, Rodnzeng, Bak attack, Keurtyce E, Meyaaf Staff et j’en passe, qui militent depuis et ont toujours été rangés du côté de l’opprimé chacun à sa manière. Après les autres, ils font ce qu’ils veulent je ne suis pas leur père. Personne n’est éternel et chacun aura des comptes à rendre le jour J.

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GC: Quels sont désormais tes rapports avec ces artistes?

KB : Le même que d’habitude je suis dans mon coin. Je ne suis pas très star system, mes potes sont mes frères, mes fils, ma famille et quelques gars que je compte sur une seule main. Les autres ne sont que des gens qui font partie du décor.

GC : Ta côte a davantage grimpé dans le cœur de beaucoup, quel souvenir voudrais-tu que l’on garde de Kôba Building ?

KB: Je vais répondre avec l’extrait d’un de mes textes . « Et si cette flamme venait à s’éteindre Souviens-toi que c’est ma vie que je suis venu peindre. »

GC: Nous voilà au terme de notre entretien, merci à toi Kôba pour ce bel échange et tous nos vœux de réussite pour cette nouvelle année 2017.

 KB : Amine.

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