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ⒸRolande Kammogne

Avec des millions de téléspectateurs lors de sa première saison, The Voice Afrique francophone est un véritable succès panafricain! A la manœuvre, Rolande Kammogne; une jeune femme qui a eu une vision et s’est attelée à la concrétiser.

Près de 10 ans après avoir créé la chaîne panafricaine Voxafrica, les grandes ambitions de cette amoureuse des médias et de l’Afrique restent intactes. L’évolution de sa chaîne, la saison 2 de The Voice Afrique, la nécessité pour le continent d’avoir des médias qui comptent; Rolande Kammogne nous livre les clés de sa réflexion.


Vous êtes ingénieur en mathématiques, statistiques et système de gestion, comment passe-t-on de l’univers des sciences à celui du monde des médias ? Est-ce un choix difficile à faire ?

Non pas vraiment, à la base j’ai fait des études de mathématiques et de statistiques parce que j’étais très bonne en mathématiques au lycée, mais j’ai toujours su que j’étais attirée par le monde des médias, du cinéma même et plutôt très artistique dans ma vison de la vie. Donc le choix n’a pas été difficile.

J’ai juste voulu faire un diplôme d’ingénieur dans l’optique d’avoir, comme souhaité par les parents dans toutes les familles africaines, un diplôme “sécurité” si jamais les choses n’allaient pas comme elles le devaient.

 

Aujourd’hui, Vice-Presidente exécutive de Voxafrica, la chaîne panafricaine et productrice de télévision, qu’est-ce-qui a motivé la création de cette chaîne ambitieuse ?

Je suis arrivée aux Etats Unis juste après mon BAC. Je me souviens à l’époque, quand j’ai intégré l’Université de Columbia, j’avais une très bonne amie qui était Africaine-Américaine et nous nous sommes rendues compte que la vision que nous avions chacune de l’autre était tout à fait erronée, parce que nous nous regardions à travers des lentilles de médias occidentaux. Moi c’était en général à travers la chaîne BET (Black Entertainment Television) et elle regardait un tout petit peu l’Afrique avec CNN.

Par nos échanges, nous sentions qu’il fallait peut-être créer un média qui réunirait toutes les diasporas noires du monde entier et ceci a été le sujet de ma thèse en dernière année d’université pour un cours très populaire à l’Université de Columbia qu’on appelle « Les civilisations contemporaines ». Une thèse dans laquelle j’expliquais et je défendais les raisons de la création d’un média pour toutes les diasporas africaines du monde. Cette thèse a été publiée par la suite dans le Columbia Spectator, le journal de l’université.

Je pense que c’est de là qu’a un peu germé l’idée; partir d’un constat pour arriver à quelque chose d’intéressant et de très consistant. Par ailleurs, il faut reconnaître qu’à l’époque, ce constat était partagé par beaucoup d’Africains: proposer une nouvelle image de l’Afrique au monde, une image positive, authentique et plurielle de notre beau continent.

Selon vous qu’est-ce-qui fait la force de votre chaîne par rapport aux autres médias sur le continent ?

La force de Voxafrica est dans sa vision et son indépendance. Je lisais un article sur le site « Le Monde Afrique » qui parlait de l’influence de la Chine en Afrique et qui démontrait que l’aide chinoise n’était pas forcement bénéfique pour l’Afrique. Ce qui est le cas pour toutes les aides, notamment l’aide occidentale. Pourquoi est-ce qu’un média français crée une branche en Afrique? Pour justement défendre les intérêts de la France en Afrique.

Et c’est ce rôle que nous voulons jouer: défendre les intérêts de l’Afrique, en Afrique et dans le monde. Les médias sont le quatrième pouvoir car ils orientent les perceptions, les idées et même les manières de pensées. Pour nous, l’Afrique a besoin de médias forts et audibles pour porter sa voix sur l’échiquier mondial. Quelle est la position des Africains sur le Franc CFA ?  À quoi aspire la jeunesse africaine ? La place de la femme dans la société ? Voxafrica a l’ambition d’être cette voix !

❝ Quand vous êtes petit et que vous réalisez que le prix de l’effort peut être récompensé, cela suscite de l’ambition et inspire de futurs champions

En 2016, vous avez repoussé les limites en innovant avec le lancement de The Voice Afrique Francophone, un concept de grand show musical télévisé initié en 2010 au Pays-Bas et repris dans le monde entier. Sur un plan personnel, quel bilan faites-vous de la première saison ? Celle-ci a-t-elle répondu à vos attentes ?

Nous faisons un bilan très positif de la première saison, parce que nous avons porté ce phénomène mondial en Afrique francophone. Moi je vois aujourd’hui des petites nièces qui se lèvent le matin, qui me disent qu’elles vont s’entraîner parce qu’elles veulent participer à The Voice.

Aux Etats Unis, les Américains ont fait des Jeux Olympiques quelque chose de réellement Spécial. C’est-à-dire les grands médias américains diffusent les Jeux Olympiques en direct ce qui crée une réelle émulation pour la jeunesse. Quand vous êtes petit et que vous réalisez que le prix de l’effort peut être ainsi récompensé, cela suscite de l’ambition et inspire de futurs champions. Cette ambition, nous voulions la partager avec la jeunesse africaine. Ainsi, pour nous c’est une réussite sur le plan idéologique parce que nous avons ressuscité un rêve chez les Africains.

En termes de chiffres, nous avons lancé des études dans deux pays, notamment le Cameroun et la Côte d’Ivoire. Cela nous a donné 10 millions de téléspectateurs au Cameroun et 9 millions en Côte d’Ivoire en audience cumulée par semaine.

Le combat le plus difficile est celui du financement d’une telle production parce que comme vous le savez, elle coûte très chère. Aujourd’hui encore, nous sommes des pionniers parce que je crois que les sponsors, les annonceurs ne sont pas encore habitués à dépenser beaucoup d’argent pour des shows de télé et on peut le comprendre car dans notre environnement économique ce n’est pas évident de se lancer dans une aventure comme The Voice. Mais, nous restons confiants et croyons au potentiel de notre région.

Singuila, Asalfo, Charlotte Dipanda et Lokua Kanza ont été choisis comme coachs et Claudy Siar comme présentateur de cette production musicale. Pourquoi avez-vous porté votre attention sur eux pour cette version africaine de The Voice?

Il fallait faire des choix. Et vous savez, The Voice a une bible pour le choix de plusieurs paramètres, notamment des coachs. Il y a des critères pour tout. Nous avons regardé parmi la pléthore d’artistes africains ceux qui pourraient au mieux représenter la première de The Voice Afrique Francophone.

 

Après l’énorme succès de la saison 1, une deuxième saison a débuté le 14 octobre. Quelle est la particularité de cette nouvelle saison ?

Cette saison, nous avons essayé de faire les choses différemment, notamment au niveau de la réalisation. Nous avons aussi de petites surprises. En effet, les coachs ne se retourneront pas pour les talents qui n’auront pas été choisis. Nous avons voulu tester cela cette année. Par ailleurs, nous avions été « critiqués » pour avoir pris beaucoup de stars et un peu moins d’ « amateurs ». Ainsi, cette année, nous avons décidé de nous focaliser sur des histoires plus humaines, sur des profils que je dirais anodins, des personnes qui n’ont pas forcement l’habitude de la scène.

Si durant la première année, nous avons révélé à l’Afrique son potentiel et son talent avec des stars, cette année nous allons fabriquer des stars tout au long du show et vous verrez au fur-et-à-mesure comment ces jeunes talents se transformeront.

Comment se sont déroulés les castings cette année ? Pour pouvoir trouver les meilleurs talents, vous avez intégré au sein de vos équipes des « dénicheurs de talents » comme  la gabonaise Magali Wora. Pourquoi ce choix ?

Nous avons juste essayé de diversifier un tout petit peu. Comme on le dit, les saisons se suivent mais ne se ressemblent pas. Pour nous, il était important de tester une nouvelle technique pour voir ce que ça donnait. Et Magali a apporté sa petite touche personnelle au choix des talents. Elle a aussi travaillé en collaboration avec Patrice Anoh qui était déjà là l’année dernière et vous allez voir qu’il y a réellement une différence entre les talents de cette année et ceux de l’année dernière. Je vous laisse là encore découvrir.

Je pense que le Gabon cette année devrait mettre les moyens pour soutenir ses talents

4 gabonais se sont distingués au cours de la saison dernière et ont pu lancer ou relancer leur carrière grâce à l’émission (Charles-Arnaud, Grâce, Brake et Bussine). Quels souvenirs en avez-vous gardé?

Le Gabon regorge de talents. J’étais vraiment impressionnée. Loin de moi l’idée de spécifier certains talents, mais Brake, Bussine et Grâce se sont réellement distingués dans la première saison.

Je pense que le Gabon cette année devrait mettre les moyens pour soutenir ses talents parce que question musique je dirai que c’est un pays qui regorge de joyaux musicaux.

 

Bientôt 10 ans que la chaîne Voxafrica existe, êtes-vous satisfaite du chemin parcouru ? Que nous réserve-t-elle comme nouveauté dans les mois à venir ?

Nous sommes satisfaits. Après 10 ans, pour une chaîne de télé nous avons dépassé la maturité.

Nous sommes satisfaits parce que nous sommes présents et suivis en Afrique et par la diaspora en Europe et en Amérique. Nous sommes une chaîne positionnée dans les créneaux francophones et anglophones. Cette année, nous avons même été élus meilleure chaîne africaine en Angleterre.

Nous sommes satisfaits, mais nous savons qu’il y a beaucoup de choses à faire et nous sommes prêts pour les défis à venir.

 

Nous arrivons à la fin de notre interview, y a-t-il un dernier message que vous souhaitez adresser à nos lecteurs et lectrices ?

Restez connectés sur The Voice Afrique Francophone, sur Voxafrica et croyons en notre Afrique !

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